Christian Bauer, Grand-Maître du jeu d’échecs
Retour sur le parcours du forbachois devenu un des meilleurs joueurs français

Christian Bauer est né à Forbach en 1977 et a grandi en Moselle-Est. Vers 8 ou 9 ans, il découvre pour la première fois le jeu d’échecs. Dix ans plus tard, il devient le plus jeune champion de France de la discipline. Aujourd’hui joueur professionnel au palmarès impressionnant, Christian Bauer a accepté de revenir avec nous sur son parcours, depuis ses débuts au Club de Freyming-Merlebach jusqu’au podium français.

Christian Bauer se souviendra probablement toute sa vie de sa première rencontre avec le jeu d’échecs. Elle s’est déroulée alors qu’il avait « entre 8 et 9 ans, pendant des vacances scolaires chez ma grand-mère maternelle où un oncle m’avait appris » raconte-t-il. Dès ses dix ans, il est inscrit dans son tout premier club d’échecs : celui de Freyming-Merlebach. « J’avais fait 3 ou 4 saisons à Freyming-Merlebach, entre 1987 et 1991 environ, avant d’aller rejoindre Nancy de 1992 à 1996 ». Durant cette période, il gagne divers tournois d’un niveau assez modeste, ainsi que des titres de champions de France chez les jeunes. Mais en 1996, sa passion prend une dimension inédite : dix ans après avoir joué sa toute première partie, il bat un nouveau record en devenant le plus jeune champion de France d’échecs « adulte » à seulement 19 ans. En parallèle, alors qu’il étudie au Lycée Jean Moulin de Forbach, il se rend compte que son niveau, qu’il qualifie modestement de « raisonnable », lui permet de vivre de sa passion. C’est ainsi qu’il décide de se lancer dans une carrière de joueur d’échecs professionnel.

Bien qu’il vive désormais dans le sud de la France, il garde de nombreuses attaches en Moselle où habite une grande partie de sa famille, dont ses parents, son frère, sa sœur, et plusieurs de ses oncles et tantes. C’est donc deux à trois fois par an qu’il revient au plus près de ses racines, dans le département qui a d’ailleurs joué un rôle important dans son début de carrière. « « Curieusement » [le fait de venir de Forbach a été] plutôt un bonus, affirme Christian Bauer, parce que j’ai eu la chance de pouvoir jouer à un bon niveau rapidement, le club de Freyming-Merlebach ayant évolué en Nationale 3 à l’époque. Il y avait également de nombreux tournois de parties rapides les dimanches, et toujours quelqu’un du club pour m’y emmener volontiers. » À l’occasion de cette interview, il n’hésite d’ailleurs pas à mettre en avant ses anciens mentors mosellans : « Si je n’avais pas été aussi bien entouré, par notamment Pascal Dorr, Jean-Claude Thiel, Jean-Claude Metzinger et Jean-Claude Bernier, mon début de carrière aurait été nettement plus laborieux. »

À aujourd’hui 42 ans, Christian Bauer n’en est plus à son coup d’essai et se maintient dans la shortlist des meilleurs joueurs français. Aux échecs notamment, le niveau d’un joueur est calculé grâce au Classement Elo. Il s’agit d’un système de classement international dans lequel un joueur gagne des points s’il réalise une performance supérieure à son niveau estimé, et en perd lorsqu’il réalise une contre-performance. « Mon classement Elo actuel est de 2639, déclare Christian Bauer, et je suis entre la 3e et la 5e place en France. Cela varie un peu, les classements étant recalculés chaque mois. » Et ce n’est pas tout ! En plus de son excellent classement français et international, Christian Bauer a également été distingué Grand-Maître du jeu d’échecs ; un titre qui, une fois décerné, est obtenu à vie. Pour décrocher une telle distinction, « il faut réaliser ce que l’on appelle des normes (il en faut 3, et un classement Elo minimum de 2500), i.e. des performances remplissant certains critères contre des adversaires qui sont déjà Grands-Maîtres » nous explique-t-il.

Pour progresser jusqu’à un tel degré d’excellence et surtout pour s’y maintenir, il est bien entendu nécessaire de jouer, et de jouer… beaucoup ! Pour cela, Christian Bauer joue non seulement en individuel, mais aussi pour différents clubs à un niveau international : « Aux échecs, le nombre de clubs n’est pas limité, et si les calendriers respectifs de chaque pays le permettent on peut jouer beaucoup de parties/équipes. J’ai en ce moment 7 clubs : Nice Alékhine, Emmendingen (Allemagne), un club à Barcelone, un autre à Zurich, Gand, Ajka en Hongrie et Manchester. Je joue pas mal de compétitions individuelles, allant des tournois rapides sur une journée à des Opens d’une semaine ou plus. »

Au-delà d’une pratique régulière, c’est également l’attrait qu’il a pour ce jeu et le fait de se sentir dans son élément quand il est en tournoi qui lui permettent de conserver son niveau au plus haut. Garder la passion du jeu fait d’ailleurs partie des conseils qu’il donnerait à ceux qui souhaiteraient se lancer dans les échecs. D’après lui, il serait également important « de ne pas faire une montagne d’une défaite. Les échecs sont un jeu très prenant, chronophage, et souvent assez frustrant pour pas mal de joueurs. Certains investissent leur ego dans une partie et sont tétanisés à l’idée de risquer une défaite. »

Humilité et engouement profond pour le jeu ; des qualités que Christian Bauer considère donc comme inhérentes à un bon joueur d’échecs. Et ce ne sont pas les seules : « Dans le désordre, parce qu’il n’est pas si évident de les classer par ordre d’importance : la mémoire, la créativité, la persévérance, la patience, une bonne capacité de calcul et de concentration, et ce que le grand public sous-estime souvent : l’endurance. Quand l’on joue des parties de 4 à 6 heures chacune, pendant toute une semaine, parfois deux par jour, c’est très fatigant. Spécialement si l’on tient compte d’un temps de préparation avant les parties et d’analyse après celles-ci. »

Des qualités auxquelles il fera évidemment appel lors de ses prochaines compétitions, qui vont d’ailleurs s’enchaîner à un rythme effréné pour le Grand-Maître mosellan. En effet, Christian Bauer a comme objectif de participer à plusieurs grandes compétitions dans les prochains temps. La « saison des rapides » a débuté récemment en Provence, et il a participé à ces tournois d’une journée les 1er, 8, 11 et 12 mai derniers. « Ensuite, ce sera le Top12 à Brest, du 18 au 28 mai, avant un été bien chargé. Avec Nice, on tentera de monter sur le podium mais ce ne sera pas facile » reconnaît-t-il. Gageons que Christian Bauer saura maintenir son classement et ajouter encore d’autres victoires à son palmarès...

E.H.